dimanche 31 décembre 2017

Dernier poème de l'année


Je suis partagé dans la chaine des jours
entre les arômes variés de l'ennui
et l'esclavage des regrets,...

les deux poussant aux larmes.
Et Cioran d'écrire :
"qu'il n'existe pas de maladie dont on puisse guérir
par une larme qui commencerait à chanter..."
Mon mal de vivre ne mourra
qu'après épuisement de sa vitalité
dans la brise d'un désert divin
où mon enfance effacera
la fatigue du Néant suprême
.


F. Sanchez

 

samedi 30 décembre 2017

Un poème en passant

Ma vie
n’a de paroles
que pour grincer
sur la magie enfuie

...
 
le voici qui revient
le chagrin
c’est ici que ce monstre a son gîte
dans ce cœur de pierre qui s’effrite.


je ne suis plus
d’âge à tout entendre
contre l’héritage
des ombres.


ma vie entière
est mouillée
par une pluie
de riens.



F.Sanchez - Dans le spleen et la mémoire - éditions Les carnets du dessert de lune - 2016


 

Sa majesté des guêpes

 
Au bout d’un moment, elle a parlé :
« Tu ne connais rien aux femmes. Ou alors, tu fais semblant. Je trouve ça dommage que tu triches en écrivant. Les femmes, tu les caricatures. Si ton personnage est un narrateur féminin, alors le je qui parle ne peut décidément pas être aussi manichéen. C’est un homme qui écrit, ça se sent. »
Elle a souri : « Tu parles que ça se sent »
Sur un ton plus incisif : « Bon sang, vivre avec moi, c’est tout ce que ça t’inspire ? »
Et de nouveau : « Merde, et ta part féminine, pourquoi ne t’en sers-tu pas ? C’est justement ce qui me plaît chez toi. Ta part féminine. Ta douceur. »
Elle a poursuivi : « Il y a trois femmes dans ton récit : une pute, une intello coincée trop cérébrale et la sainte nitouche bonne pour le carmel. Tu parles d’un cliché. Ça ne va pas, mon cher, ça ne va pas du tout. »
J’ai répondu : « Oh, et puis merde, je laisse tout tomber »
Disant cela, j’ai écrasé ma cigarette dans le cendrier jaune au logo Casanis.
A quoi bon écrire pensai-je, quand la vie prend une tournure si clémente. Quand on est plongé dans la volupté de vivre. Je me levai, et tel que j’étais, en caleçon de bain, je filai sur la terrasse dont le marbre étincelant me brûlait les pieds, puis je foulai la pelouse, évitant les dalles brûlantes jusqu’à la piscine dans laquelle je plongeai la tête la première. Je fis quelques longueurs et en ressortis pour directement m’affaler sur le ventre dans le transat protégé du soleil par un parasol. Je jouissais de la vie. Dans une vaste maison à quelques kilomètres d’Avignon, dans les Alpilles, au bout d’un chemin escarpé.
Il y avait un jardin immense qui m’entourait et autour, juste la nature et les montagnes. Ma vie prenait le soleil. Je n’en avais plus rien à foutre de rien. Du moins, tel était l’attitude que j’essayais, avec plus ou moins de succès, d’adopter. Depuis une semaine, je me vautrai dans une volupté rare. Je ne faisais que dormir, me baigner, boire des cocktails et faire l’amour. Je n’avais plus rien dans le ventre. Mon écriture, autrefois rageuse, incisive et musclée se ramollissait en même temps que moi. Pour la première fois de ma vie, je vivais comme un prince.
Et toutes mes galères passées, les cuites répétées, le froid parisien, les boulots de merde, l’écriture qui m’avait dévoré, les mauvais souvenirs ne cessaient de défiler dans mon esprit comme autant de brouillons absurdes culminant jusqu’à cette vie douce et paisible dans les bras de laquelle je m’abandonnais les jours récents. Ma vie passée, dure, dangereuse, merdique, avait été inutile et ne me permettait qu’une chose, apprécier les jours qui s’écoulaient sous le soleil parmi les odeurs de pins et le chant des cigales.
Sous mes yeux, les visages et les corps des femmes que j’avais connues m’apparaissaient comme autant de portraits abstraits et qui se confondaient les uns avec les autres, formant une mosaïque étrange. Je prenais du recul.
J’ai entendu un grand PLOUF. Je me suis retourné. J’ai pris mes lunettes noires sur la table basse marbrée et j’ai observé Juliette qui se baignait.
Je pourrais vous parler du cul de Juliette pendant des heures. Je pourrais noircir des pages la dessus, car son cul est un soleil. Mais ce serait trivial. Vous parler de son âme, ce serait banal. Et je n’ai à rien à dire sur Juliette, hormis qu’il me semble bien que je l’aime. Quant à parler de l’amour…Un conseil, lisez plutôt Anna Karénine.
J’ai décidé, si elle en était d’accord, de vivre ma vie à ses côtés et de faire des enfants avec elle.
Si possible des filles. Les garçons m’emmerdent. Sans parler des hommes.
Oui, j’ai décidé cela comme on décide d’arrêter de fumer. J’ai décidé cela car la vie ne me propose pas autre chose et que je n’ai pas envie de la regarder passer tout seul dans mon coin en attendant l’âme sœur. Etre soi-même un désert en attendant la rencontre comme l’a écrit Sulivan, c’est pas trop mon truc.
Je la regarde faire la brasse. Je soupire et m’étire de bonheur. Je suis trop crevé pour retourner vivre parmi les pauvres. Je n’ai plus envie d’avoir faim et froid. De boire du mauvais vin. De manger des surgelés et des boites de conserves dans des assiettes en plastique et de porter des fringues qui puent.
J’ai plus le courage d’essayer de croire en Dieu.
Je me demande ce que je suis pour elle. Ca fait six mois qu’on est ensemble mais je n’arrive pas à savoir si je représente autre chose à ses yeux qu’un vieil ami avec lequel elle s’envoie en l’air.
J’ai envie d’une cigarette. Le ciel est bleu.
C’était le titre de mon premier bouquin. C’est moins beau que le bleu du ciel, mais c’était déjà pris.
Je regarde le ciel et je ne vois rien que du bleu et ma vie qui s’y perd comme un vœu pieux.
Je pense au miracle d’être en vie. Sur une étoile perdue dans l’infini du cosmos. A tout ce qu’il a fallu mettre en place pour que moi aussi j’ai droit à un tour de piste. Et là, je m’attriste de voir ce que j’ai pu en faire. Et je m’inquiète de voir ce que je veux en faire : jouir le plus possible. Est-ce bien raisonnable ? Au fond du fond, si je creuse bien en moi-même, je crois pouvoir affirmer que j’ai envie d’être un type bien. Un homme sur lequel on puisse compter, un bon mari, un bon père. Un homme de bien. Dense et généreux. Qui ne baisse les yeux ni les bras devant rien. Un homme qui croit à la mort.

(Extrait de "Jours de gloire" ) F.Sanchez. Editions Al Manar, 2016

Work in progress

J'imagine que crouler sous les soucis, les reproches et l'ennui est une manière assez répandue de vivre, une façon qui en vaut bien d'autres. J’aime l’existence lisse et ordinaire. Je n’apprécie pas les vagues, les drames, l’aventure, les feux sentimentaux. Je suis un hypocrite des sentiments et à cette seule condition, j’ai pu survivre. Heureusement, les cafés existent pour fuir son moi, et le tabac pour se donner une contenance, devant tant de personnalités enfouies et de l...armes rentrées. Je remercie, en passant, l'inventeur du Prozac. En voilà un qui n'a pas rien fait de sa vie. J’ajoute, in petto, qu’ériger l’hédonisme en principe de vie, exclut, cela va sans dire, les dimanches vécus et à venir. Je n’ai jamais eu le temps d’apprendre à les souffrir. Mais aujourd’hui, c’est vendredi, et Natacha ôte ses bas, attend que je salue Eros dans son corps, pour retrouver la volupté de son désespoir.
Elle sucera son pouce, cependant que je vernirai de bleu, les ongles de ses pieds.
 
F. Sanchez
 
 

Difficulté

Combien il est difficile
de passer par le chas de l'aiguille
appelée simplicité.
 
Milan Rufus
 
 

Gide, en passant...

Je n'aime pas l'homme ; j'aime ce qui le dévore.
 
Gide - Journal
 
 
 
 

Le pourquoi de l'écriture

Ecrire pour se transcender. Mais cette part de réalisme en moi qui m'en empêche, ce lieu du doute logé dans un cœur, lutter contre, se laisser déborder sur ses flans, et oser mentir pour mieux dire la vérité ou l'indicible, qui sont collés l'un à l'autre, et crever l'abcès, en continuant d'écrire, le souffle court, trop court, hors d'haleine.

Mensonge & vérité

Le mensonge ne peut se loger que dans la vérité.
 
Henry Miller


La lune dans le caniveau

Revu cette nuit, ce film fait pour la nuit, et qui se déroule essentiellement la nuit, une œuvre magistrale comme un rêve, qui échappe au Réel, s'enfuit dans des décors oniriques, porté par une musique obsédante, avec en ligne de mire, la beauté envoutante d'une femme, Loretta, comme une promesse d'amour, c'est à dire de salut, une voiture rouge, les docks, un bar interlope, des ruelles obscures, une vierge de lumière, un mariage sur une montagne féerique, la tristesse d'un homme hanté comme dans un conte. Le plus beau film de Beinex. Une œuvre dans laquelle se touche du doigt l'Absolu, en le regardant avec les yeux du cœur.
 
 
 

mardi 26 décembre 2017

Work in progress

Innocence était le nom des premières années, avant que je ne me brûle au rire du diable, et n’écrive sur le sein d’une sylphide vénéneuse, mon plus beau poème, qui relève du vice et que sauva l’épouse d’argile de ma jeunesse : elle soupire mon nom à présent, dans le ventre de l’usine, comme j’emboîte le pas des esclaves, au sud de la joie, pour entrer sans défense, en désert menacé de mémoire, où les vies pauvres travaillent à entasser des substrats métaphysiques, dans les épiceries d’Hadès.
 
F.Sanchez
 
 

lundi 25 décembre 2017

Un nouveau roman

A peine terminé un roman, pourquoi me suis-je lancé dans l'écriture d'un autre ? Parce-que la trompette de Chet Baker me l'ordonne, et les notes de Bill Evans courant sur son piano. Pour me rassurer sur le sens de mon existence, me prouver que je suis en vie. Et puis, c'est une façon non philistine de passer le temps. Il y a aussi, une ruse du cœur, qui vous commande de parler, pour les Dieux, à tout le moins de le croire.
Toujours est-il que me voilà lancé : j'ai écris les quinze premières pages, et ne vais pas en rester là.
L'autre roman, à peine fini, est en partance pour les éditeurs. Puisse-t-il trouver acquéreur, et vivre de sa vie propre.
Hormis cela, qu'ai-je à dire ? Je me remets tout doucement de ne pas avoir embrassé une carrière, autre que l'écriture, et de ne pas avoir fait fortune dans le plastique.
Alea jacta est.
 
 
 

vendredi 22 décembre 2017

Aux amis qui m'ont trourné le dos

Et tant pis
si j’ai déçu
mes amis.
 
D’ailleurs,
 
où étaient-ils,
quand je voulais
réinventer
la
vie ?
 
 

Pensée d'un jour enfui

Je suis un grand ignorant,
car je n’ai toujours pas compris
l’utilité
de
l’inutile.


jeudi 21 décembre 2017

La beauté d'une phrase

Je note cette phrase de Henry Miller, au sujet de DH Lawrence :
Vos yeux se sont épuisés à chercher parmi les tombes humaines un signe de vie.
 
 
 

mercredi 20 décembre 2017

Un nouveau roman

Commencer un nouveau roman, pendant que l'autre voyage chez les éditeurs, est une façon de se maintenir en vie, et d'échapper au sentiment de la dissolution dans le prosaïsme du monde, de tourner le dos au philistinisme, en fouillant aux tréfonds de soi-même, ce que, pour chercher la lévitation stylistique, le ravissement extatique, j'appelle la part de l'ange, qui pourrait aussi bien s'appeler la part de l'autre, car sans l'autre, l'écriture n'est tout simplement pas possible, soit que l'on considère son prochain comme personnage , ou soi-même ; il faut être au moins deux, pour qu'une œuvre se fasse, sur les sédiments de la perte, en plein vol, des vieilles blessures et des déchets de l'âme, sans lesquelles la littérature ne serait point une cathédrale, et achèverait sa course folle, inhumée dans les halls de presse des gares.
 
 
F. Sanchez
 
 
 
 

vendredi 15 décembre 2017

On a tous un ange gardien

Je n'avais pas le courage romantique des clochards de Paris. Moi, j'étais devenu un ver, une punaise. Alors, punaise, couard, traître, faillite, comment est-ce que j'ai survécu ? Je peux vous donner deux réponses. L'une est astrologique - mon Jupiter bien placé. L'autre est que sans doute j'ai un ange gardien qui me protège. Et qui peut-être mon ange gardien ? A l'avis d'un médium à Londres, il était un frère né-mort, qui parmi tous ceux (en haut) qui travaillent pour moi, est le plus ardent.Naturellement je n'avais jamais entendu parler mes parents d'un tel frère. Mais je ne me plains pas. Frère ou mythe, il m'a sauvé la vie maintes fois. Mais avant de me rescaper, il me laissait toujours tomber jusqu'au fond. Peut-être il savait mieux que moi, que ce drame était bon pour mon caractère. "That makes a man of you", comme on dit en anglais.
 
Henry Miller- J'suis pas plus con qu'un autre
 
 
 
 

jeudi 14 décembre 2017

Interlude musical


Pensée de ce jour...

Mes défaites ne me rendent pas plus fort (notion Nietzschéenne), mais plus faible. D’où le fait que je ne renaisse jamais de mes cendres, mais du feu de l’inexprimé.
 
 

Cendrars, en passant...

Joseph était un modèle d'obeissance.
"L'obeissance, avait-il coutume de dire, des années et des années plus tard quand fréquemment élevé en extase au-dessus de la terre ce seul et unique mot avait le pouvoir de le faire sortir de son état, "l'obéissance est le couteau qui égorge la volonté de l'homme...Obéis...A ce mot, Dieu tire le rideau...".

Blaise Cendrars - Le lotissement du ciel

mercredi 13 décembre 2017

L'écriture

Ecrire : se relire sans cesse. Un jour, j'aime, un jour, j'aime pas, un jour j'aime, un jour j'aime pas, un jour j'aime, un jour j'aime pas, un jour j'aime, ad nauseam ! Tu parles d'un métier ! Osciller sans cesse entre ravissement et dégoût.
 
 

mardi 12 décembre 2017

Colette, en passant...

La fureur de mourir va-t-elle surpasser celle de naître ?

Colette - L'étoile Vesper

L'erreur

Voilà la grande erreur de toujours :
s'imaginer que les êtres pensent ce qu'ils disent.

Jacques Lacan

jeudi 7 décembre 2017

Martinet, en passant...

A cette époque, j'habitais rue de Froidevaux, en face du cimetière Montparnasse, au cinquième étage d'un immeuble qui menaçait ruine. De là, j'avais une vue imprenable sur les tombes. Depuis plus de quinze ans, la rue Froidevaux était ma prison. J'étais un détenu modèle. Si je gémissais souvent sur ma condition, je ne me révoltais jamais. Je ne cherchais pas à m'évader. A vrai dire, je ne désirais pas grand-chose. Ma règle de conduite était simple : vivre le moins possible pour souffrir le moins possible.

Jean-Pierre Martinet

Les phrases que l'on ne comprend pas sont parfois les plus belles

L'âme n'est pas la pensée, écrivait Thérèse d'Avila. Cette phrase me laisse songeur. Je la trouve si puissamment énigmatique. J'ai l'impression, pour ma part, qu'il n'existe nulle scission entre l'âme et la pensée. Pour moi, la pensée résulte de l'âme, qui est la mère nourricière de la pensée. J'avoue ne pas comprendre. Ainsi, il y a au hasard de mes lectures, des rencontres avec des phrases qui me ravissent, sans que j'en saisisse le sens. Ainsi, celle-ci, de Chateaubriand : ...car nos jours meurent avant nous.
Phrase superbe, mais ô combien mystérieuse, opaque, intrigante.
Peut-être ne faut-il pas chercher à en déceler le sens, mais se contenter d'être ému.
Le pouvoir divin qu'ont certaines phrases de vous laisser transis, dans une zone floue, nimbée d'incompréhensible  Beauté !

Work in distress

Ecrire des jours durant, dans des transports de joie et d'ivresse, et Ô drame, à la relecture, se heurter à la gueule de bois. Cette dichotomie entre l'allégresse créatrice, et le constat d'un résultat désolant, prend amère tournure. L'humilité elle-même est menacée. Le doute est au centre de tout épanchement créateur : dans le rapport à soi, et le rapport à l'autre.
La réalité de soi vaut bien que l'on mente un peu.
C'est aussi  cela écrire. Mais aujourd'hui, je ne crois plus dans mes mensonges.
 

Duras et Dieu

Michael Lonsdale, dont je suis en train de lire le livre de confidences, dit, au sujet de Marguerite Duras, qu'elle avait souvent cette phrase : Je ne crois pas en Dieu, mais je parle tout le temps de lui.
 
 

Humoristique péché nihiliste signé Gabriela Manzoni


jeudi 30 novembre 2017

Le trou

L'invention géniale du pouvoir économique est de nous combler avec le trou qu'il creuse en nous et d'installer là un spectacle, qui nous donne à consommer béatement notre propre mort.

Bernard Noël



Body and soul

Elvis a libéré les corps, alors que Dylan a libéré les esprits.

Bruce Springsteen

Hank...

Pascal écrivit au sujet de Montaigne:
Il inspire une nonchalance du salut.
Je trouve que cette phrase sied irrésistiblement à Hank Williams.


mercredi 29 novembre 2017

Sachs, en passant...

Parfois, je me regarde dans la glace, et je vois, à mes yeux, que mon âme est de sortie, que je lui déplaisais trop, qu’elle est allée respirer l’air frais…

Maurice Sachs

Pensée de ce jour

Il est regrettable que la paresse ne soit pas considérée comme une vertu, car j'en aurais à revendre. Cependant, je ne crois pas qu'elle soit un pêché, car si je me suis agité dans la vie, c'était toujours en vain. L'agitation fut toujours créatrice de choses avortées, ratées ou mort-nées, sans parler des heures passées au travail totalement stériles et inutiles. Je n'ai plus rien d'un conquérant, si tant est que je l'ai jamais été. Seul mon rapport à l'écrit m'intéresse : un rapport distendu, dilaté, totalement diffus et parcimonieux, car il faut de la mesure en toutes choses, et dans mon cas, de petites mesures. Je vis à doses homéopathiques, entretiens un rapport souple avec l'écriture. J'ai le cœur vide d'amertume, dès lors que je vis retiré de la marche absurde du monde, et que j'ai les mots pour compagnon de vie.
Les mots qui sont les passants mystérieux de l'âme (Hugo).
 
 

mardi 28 novembre 2017

Question

Combien durera
 
ce manque de l’homme
 
mourant au centre de la
 
création,
 
parce que la création
 
l’a congédié ?
 
 
René Char
 
 
 
 
 

Work in distress

Corriger les épreuves de mon manuscrit confère au supplice. Remettre ça à plus tard. Flâner en rêveries en écoutant Satie.
Plus tard, je me replongerai dans ma prose, comme le chien qui retourne à ce qu'il avait vomi (Pierre, II, 2).
 
 

lundi 27 novembre 2017

Work in distress

 
Réécrire sans cesse son manuscrit, comme un chien qui mord son os ; est-ce bien raisonnable pour un sybarite et un élève de l'ennui ? Eh bien, oui, car il ne m'apparait pas que j'ai le choix. Il pleut sur Paris ; je suis allé me prendre un café au Vingtième, brasserie de la porte de Bagnolet. Pour faire une pause. Un esprit en mal de notions, doit d'abord s'approvisionner d'apparences, lus-je sous la plume de Francis Ponge. Je rentrai et me remis au travail. Tout cela n'est pas sérieux, tout cela est vain et futile, et pourtant, cela m'est indispensable. Je n'ai pas de métiers autres que celui d'écrivain. Oh la tâche ingrate et pourtant si pleinement vivante - qu'il ne m'importe pas d'avoir le sentiment de mourir un peu - en peinant à la tâche. Cela m'absout de mener une vie inutile et futile. Mais toutes les vies ne le sont-elles pas; et tous les métiers, en regard du mien, lui sont-ils supérieurs ? Je n'en suis pas convaincu. Mon écriture se nourrit de tout ce qui est cinématographique. La mélancolie a fait de moi un homme incapable de filmer, car trop fatigué pour être capitaine à bord, comme l'exige la fonction de cinéaste, chef d'une équipe. Non, bien trop de fatigue m'en empêche. Léon Daudet soutenait que la littérature "donne le souffle à celui qui a des ailes". Voilà ce qui me manque - des ailes. Je n'ai que le souffle.
 
 
Fabien Sanchez copyright 2017
 
 

 
 
Portrait de Pierre Bonnard par Édouard Vuillard

Pizarnik, en passant...

J’ai laissé tomber la psychanalyse. Je ne sais pas pour combien de temps. Je vais très mal. Je ne sais pas si je suis névrosée, ça m’est égal. J’ai simplement une sensation d’abandon absolu. De solitude absolue. Je me sens toute petite, une toute petite fille. Et tout le monde m’abandonne. Absolument tout le monde. À présent, ma solitude est faite de chimères amoureuses, d’hallucinations. Je rêve d’une enfance que je n’ai pas eue, et je me revois heureuse – moi, qui ne l’ai... jamais été. Quand je sors de ces rêves, je n’existe plus au regard de la réalité extérieure et présente. Il n’y a jamais eu autant de distance entre mon rêve et mon action. Je ne sors pas, je n’appelle personne. Je purge une étrange pénitence. Mon cœur me fait funestement souffrir. Tant de solitude. Tant de désir. Et la famille qui me tourne autour, qui me pèse avec ses horribles problèmes quotidiens. Mais je ne les vois pas. C’est comme s’ils n’existaient pas. Quand ils s’approchent de moi, je sens des ombres qui m’ennuient. En fait, presque tous les êtres m’ennuient. J’ai envie de pleurer. Je le fais. Je pleure parce qu’il n’y a pas d’êtres magiques. Mon être ne tremble devant aucun nom, devant aucun regard. Tout est pauvre et vide de sens. Ne disons pas que je suis coupable de cela. Ne parlons pas de coupables. J’ai pensé à la folie. J’ai pleuré en implorant le Ciel de devenir folle. Ne plus jamais sortir des rêves. C’est mon image du paradis. Je n’écris presque pas d’ailleurs. Il y a pourtant un désir d’équilibre. Un désir de faire quelque chose de ma solitude. Une solitude orgueilleuse, industrieuse et forte. Étudier, écrire et me distraire. Tout ça, seule. Indifférente à tout et à tous.


Alejandra Pizarnik (Pizarnikiana). Journaux, 1959-1971




 

dimanche 26 novembre 2017

Véronique Bergen (sur Sartre) en passant...

Comment interroger la pensée de qui fit profession de « penser contre soi », de qui embrassa la philosophie, le roman, le théâtre, le siècle et noua l’aventure conceptuelle à l’engagement politique ? Comment dépoussiérer Sartre des objectivations qui l’ont pris à revers, des sédimentations de clichés au nombre desquels le pont aux ânes de son fourvoiement politique ? En quoi sommes-nous héritiers de la nouvelle façon de philosopher qu’il impulsa, de ce style inédit, de cette manière neuve de poser des problèmes que salue Gilles Deleuze ? En d’autres termes, en quoi Sartre est-il notre contemporain ? Ses premiers écrits résonnèrent comme un coup de tonnerre dans l’espace philosophique. Sartre philosophait comme on fait du jazz.
 
La tonalité de base qui sous-tend son entreprise est celle du mouvement au sens de dépassement, d’échappement à soi et au monde. Le problème qu’il ne cessa d’approfondir est celui de la liberté, de son eidétique, de sa dialectique, des pesanteurs et aliénations qu’elle rencontre. Interroger une liberté en situation, c’est avant tout élucider les libérations possibles d’une liberté engluée, prise à revers par l’inertie. Aux lignes de fuite deleuziennes répond le dynamisme sartrien de la transcendance, du dépassement. Mais, à la différence de Deleuze, la non-coïncidence à soi relève du seul pour-soi, à savoir de la réalité humaine. Le mouvement d’ouverture, d’arrachement est absent de l’ordre de l’en-soi, de la matière.
 
Véronique Bergen 
Comprendre Sartre, Ed. Max Milo
 
 

samedi 25 novembre 2017

Work in distress

Mon roman comporte cinquante malheureuses pages. Edité, il faut compter le double. Un roman à cent pages. Mais voilà, je l'ai écrit dans un état de transport Homérique, et à la relecture, cela me tombe des mains. Grande préciosité du style, lequel est suranné : prétention évidente et stérile. En revanche pas de surcharges adjectivales. Le seul point bénéfique : des personnages attachants, à tout le moins le crois-je. Tous semblent décliner, comme les derniers feux du soleil sur la mer. Ils sont sur la pente descendante...Le héros ne sait même pas s'il et capable d'aimer ; que voulez-vous faire d'un pareil lémure sentimental ?
Mais il y a le personnage de Béatrice, qui colore l'ensemble, spleenétique et mélancolique, en lui apportant des touches de finesse et de sensualité, dans un torrent d'ennui et de violence, dont les personnages sont captifs - à leur insu - mais on meurt pour moins cher.
 
 

Work in distress

Recopier un paragraphe depuis mon carnet Gallimard sur l'ordinateur...Harassé je suis, car le doute m'habite, mais je n'ai pas le choix. Au moins Bird and Diz me soutiennent dans ma tâche. C'est aussi cela le métier d'écrivain, recopier en doutant...Mais poussé par une force de volonté, qui certains jours, fait défaut. C'est dur. Mais je n'oublie pas cette axiome de Jules Renard, qui dit qu'il faut dompter la vie par la douceur.
 

 

Work in distress

Se relire est la punition d'avoir écrit, disait Cioran. Oui, je connais ce sentiment par cœur. Aujourd'hui, je suis en plein dedans, au point de suspendre ma relecture. Il est toujours étrange ce sentiment. J'écoute Glenn Gould et je remets ça à demain.
Plus la force de supporter ma prose ce soir.
 
 

Schiffter, en passant...

Le conseil de prudence que je donnerai à un esprit tenté par le doute, mais soucieux de plaire au public, est de ne jamais dire avec franchise que la sagesse n'est qu'un asile de l'illusion.

 Frédéric Schiffter - Journées perdues - Séguier


Clément Rosset, en passant...

L'intervention de Schopenhauer dans le champ philosophique, tout comme celle de Spinoza, vise à essayer de faire de son lecteur, et de se rendre lui-même, un homme désabusé mais libre, libéré des illusions et des tourments qui les accompagnent, libéré de ce que Spinoza appelle les passions tristes.
Spectateur du monde plutôt qu'acteur, certainement.
Mais moins par égoïsme que par lucidité.
 
Clément Rosset - Faits divers - PUF

 


 

 

Bergamin, en passant...

La plus profonde pensée chante, disait Carlyle. Et la plus superficielle, danse-t-elle ou dort-elle?
A tout le moins, elle songe.

José Bergamin - Les sentiers battus

mercredi 22 novembre 2017

Stop to Work

La symptomatologie de mon aliénation m'indiffère, je pleure et j'étouffe, en imaginant à l'avance des conclusions destructives. Seules les nécessités biologiques peuvent me tirer de mon lit, dans lequel je tombe régulièrement au cours de la journée, comme un sportif de haut niveau après un gros effort. Et puis il a fallu se trainer chez mon médecin qui m'a demandée comment j'allais, ce à quoi j'ai répondu : J'ai trop travaillé à vivre. Mais l’arrêt de travail c’est la mort, n’est-ce pas ?
 
 
 

Un film...

Pat Garrett et Billy the Kid. J'ai posé un genou à terre devant la beauté de ce western superbe, le plus beau selon moi dans la série des crépusculaires. Un bijou du grand Sam Peckinpah avec James Coburn, Kris Kristofferson. La musique de Dylan est sublime d'où est extraite Knockin' on heaven's door. La perte de l'innocence, la corruption des sentiments et des âmes pour Garrett - son vieillissement, sa trahison, sa soumission à l'ordre. Et la liberté incorruptible et invincible du jeune et sauvage Billy le kid, sorte de Jim Morrison de l'ouest. Le tout dans un film lent, désenchanté et poussiéreux. Il y a aussi  la présence énigmatique et mal à l'aise de Dylan dans le rôle de Alias. Le vent et la poussière du désert, le whisky qui coule à flot, les balles qui sifflent avec résignation et fatalisme, et cette manière lasse qu'ont les hommes de mourir, comme s'ils quittaient la terre sans regret et que la mort ne les effrayaient pas, comme s'ils avaient assez vu le soleil et suffisamment arpenté une vie harassante sur des chevaux qui furent leurs seuls amis, sans oublier les putains dans les bordels de Santa Fé, les seules femmes de leurs vies où l'aventure et la soif d'espace et de liberté ne parvenaient plus à masquer la grande fatigue de vivre qui corrompt les élans les plus nobles et les plus meurtriers. Un film sur la lassitude. Comme un premier et ultime sourire à la mort.
 
 
 
 
 

mardi 21 novembre 2017

André Hirt, en passant...

C’est pourquoi la littérature ne parle pas des choses ni sur les choses: elle est la manière par laquelle les choses  — disons le réel à travers la réalité historique  — se parlent à travers le langage.
                                                                                                  
André Hirt
 
 

L'en soi...

"Concevoir une philosophie en laquelle je me vois jeté hors de moi, là-bas sur la route sèche, devant l’arbre dénudé de toute écorce, végétal rabougri, obstiné. Comme si le sujet avait à se mesurer à d’autres subjectivations qui appartiennent au végétal, à l’animal. L’effet de Sartre sur moi, c’est de me dire que je ne puis rester en moi, dans l’orbe phénoménologique de ma chair, que je suis jeté là-bas et que de toute évidence, ce là-bas est un risque, un grand vent, une bourrasque que Sartre expérimente à travers la littérature, à travers Faulkner, peut-être « parce que les consciences sont choses trop humaines » et que le récit peut nous reconduire « à l’entêtement de la pierre et du roc », « une chose esprit, un esprit solidifié, opaque, derrière la conscience (…), étouffante atmosphère de sorcellerie ». Là se dressent de grandes figures sombres qui « ne sont que des dehors ». Et ce que cette littérature nous donne à apprendre, c’est à ne pas chercher un chemin égologique qui reconduirait du pour soi à l’en soi. L’en soi n’a pas besoin de moi. L’arbre me refuse, je m’y cogne. L’en soi n’est pas réductible à l’enceinte rassurante du pour soi. Cette différence, il faut la maintenir, contre toutes les soupes réalistico-métaphysiques qui fictionnent l'identité absolue ou l'égalité de toute chose. Le « pour soi » n’est pas l’ « en soi ». Mais pour autant, il nous reste bien à tenter une ontologie écologique (et non égologique) ou une phénoménologie elle-même ontologique. D’abord en revenant au mot phénoménologie là où il a été inventé, créé, à savoir dans une lecture de Hegel. Ce que j’ai tenté par mon livre sur l’immense philosophe allemand y cherchant ce qu’on lui a refusé quand il était tout de même le premier à introduire dans l’être son mouvement propre, à infuser dans l'être des formes de phénomènes qui ne sont pas du tout de moi, quand c’est la substance qui se fait sujet. Ensuite en revenant aux phénomènes, mais vraiment, du côté de ceux qui les ont réellement pris en pleine figure, à savoir les peintres et notamment Van Gogh, bien avant Faulkner, auquel j’ai cherché à emprunter l’œil des choses pour elles-mêmes.
 
J.-C. Martin / Extrait Le siècle deleuzien
 
 
 
 

Elias Canetti & Daniel Darc

Elias Canetti :
 
De toutes les possibilités dont l'homme dispose pour
 
se résumer, la moins mensongère est le drame.
 
 
 
 

lundi 20 novembre 2017

Rimbaud, en passant...

 L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
 
 

Voici...


Voici ce que j’avais à dire en mémoire de qui j’ai malgré tout été –
 
auquel je dis adieu mais sans y renoncer.

 
Frédéric Berthet – Journal de Trêve




Les chansons de Bob Dylan...

Les chansons de Bob Dylan...Comme un shoot, font que je m'allonge et pleure sur le pont des souvenirs. Dehors, il pleut sur Paris et la liste des choses que je ne suis plus capable de faire est si longue que je m'accroche à cette voix, comme aux souvenirs de mes parents jeunes ; quand j'étais, par eux, protégé...
 
 

Bernard Noël, en passant...

L’écriture est fondée sur un détournement originel qui s’oublie tellement en lui-même qu’elle cherchera toujours d’où elle vient.


Bernard Noël

dimanche 19 novembre 2017

Interlude musical


Les copains...

Merci à tous ceux qui sont passés me voir au salon de L'autre livre. C'était bon de revoir mon cher éditeur Jean-louis Maurice Massot ; mais aussi Serge Prioul, le poète, Tom Buron , Cédric Merland , Christophe Bregaint , R.C., Damien Paisant , mon autre éditeur, Alain Gorius...et j'en passe. Il ne manquait que mon cher et adoré éditeur Olivier Brun des éditions La Dragonne, mais il m'a appelé pour me dire qu'il buvait des coups à Londres...
 
 
Photo avec Tom Buron
 
 
 
 
Photo avec Jean-Louis Massot, mon éditeur adoré

Berthet, en passant...


Il eut le sentiment que tout était habitable, sauf peut-être ce

sentiment lui-même.  
 
 
Frédéric Berthet – Journal de Trêve
 
 






Dimanche

Volupté de songer - avec indolence - et un rien de désuétude...
 
 

Interlude musical

 
Mathias (dit el viejo), François, Béatrice, Monsieur Garrel, Jean Gadenne ( dit Jeannot la seringue )...
Personnages de mon roman...Va-t-on se laisser, se quitter ?....
Vous coulez dans mes veines ; et nous nous heurtons à ce dimanche de Novembre, à Paris, à un mur : Le mot Fin,
- Comme une petite mort.
 
 

Roman : ai-je vraiment dit mon dernier mot ?...

 
Comme une envie de pleurer mon roman fini....

 
 

Alone / Seul / Solo...

Et maintenant, je suis seul, solo, alone, devant mon manuscrit fini. Je relis et me sens seul...Je n'ai pas envie d'en rester là ; vais peut-être ajouter de nouveaux chapitres - ou pas. Je me sens si seul quand j'ai terminé un livre. Seul, sans mes personnages, mes décors, mes pensées distillées dans les dialogues.
 
So alone...
 
 

samedi 18 novembre 2017